La pornographie au féminin

La pornographie au féminin
Article déposé le 19 novembre 2009

En Suède, l'Institut du film a alloué une subvention de 35000 euros pour une œuvre pornographique conçue et réalisée par des féministes. Cette démarche s'inscrit dans la réflexion sur l'égalité entre les femmes et les hommes.

Dirty Diaries, nom de ce film, est constitué de 12 courts métrages. L'objectif est de montrer le plaisir et la sexualité d'un point de vue féminin et ceci en moins de 15 minutes à l'aide de la caméra d'un téléphone portable. Ainsi, la réalisatrice Asa Sandzén explique combien il "était important pour (elle) de montrer comment on peut faire un film porno en sortant du schéma habituel, qui réduit le rôle de la femme à celui d'un objet".

Il va s'en dire que les débats ont été virulents en Suède, divisant en deux le camp des féministes. Il y a deux ans, au planning familial en interne, nous avons eu un débat sur la pornographie. L'une de nous a évoqué le travail de la réalisatrice Mia Engberg (qui est à l'initiative de dirty diaries). De vives discussions avaient alors suivi nous opposant les unes aux autres.

Le sujet de la pornographie fera débat pendant encore longtemps tant que nous en avons une vision manichéenne. La question qui devrait se poser est celle de la représentation que l'on a de la femme et celle de la jouissance féminine. La femme n'est-elle qu'un objet de jouissance au même titre que les sextoys ? Ou peut-elle utiliser le corps de l'Autre pour en jouir et peu importe si l'Autre jouit ? L'image de la femme comme objet de jouissance est l'image qui est renvoyée à l'heure d'aujourd'hui dans les films porno. Mais quelle image de la femme renvoie les magazines féminins quand ils parlent de la sexualité ? Ne voit-on pas souvent comme titre "comment faire jouir son homme ?" Ne demande-t-on pas alors à la femme de ne se percevoir qu'en tant qu'objet de la jouissance masculine ? Et cette vision hétérosexuelle exclut la jouissance homosexuelle.

Pour en revenir au film Dirty Diaries, le DVD n'est pas encore sorti en France, je n'ai donc pas pu le visionner. J'espère qu'il nous présentera autre chose que "X femmes", les courts métrages produits par canal + et réalisés par des femmes (Arielle Dombasle, Lola doillon…). Ces courts métrages ont à mon sens montré les femmes comme objet de jouissance ni plus ni moins que les films de John B.Root.

La pornographie comme outil de réflexion sur l'égalité femmes/hommes, je demande à voir.
Classé dans : Sexothérapie - Sexologie

À propos de l'auteur

Caroline Van Assche

Diplômée en Psychologie Clinique et Pathologique à l'Université Bordeaux 2 Victor Segalen,
Formée au Conseil Conjugal et Familial au Planning Familial de la Région Ile de France,
Formée au Travail Psychanalytique avec les couples et les familles au Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale de Bordeaux,
Formée à la Sexologie Clinique et Santé Publique à l'Université Paris 7 René Diderot,
Formée à la Sexologie Sexofonctionnelle à l'Université Paris 6 Pierre et Marie Curie,
Membre de L'Association Nationale des Conseillers Conjugaux et Familiaux,
Membre de L'Association Francophone de Sexologie Sexofonctionnelle.