Les délinquants sexuels

Les délinquants sexuels
Article déposé le 2 Novembre 2009

Castration chimique et castration physique : des remèdes miracles dans la prévention de la récidive ?

A l'heure de l'ouverture du procès de Francis Evrard, pédophile récidiviste, l'une des questions principales reprises par les médias et introduite par l'agresseur lui-même est celle de la castration. Deux camps s'opposent les "pro-castration" et les "anti-castration". Au-delà de cette "scission manichéenne", le débat devrait tourner autour de la question de la prise en charge globale des agresseurs sexuels dans le cadre de la prévention de la récidive.

Cadre légal de la prise en charge des agresseurs sexuels



La loi du 17 juin 1998 introduit le suivi socio-judicaire pour les délinquants sexuels. Nous disposons ainsi d'un arsenal juridique renforcé par la loi du 5 mars 2007qui fait état :
- de l'injonction de soin (accompagnement psychologique et traitement anti-hormonal)
- de la libération sous contrôle judiciaire après l'exécution de la peine pendant au maximum 3 mois.

Aborder la question du traitement des agresseurs sexuels sur un aspect exclusivement médical, corporel, c'est passer à côté de la prise en charge psychologique. C'est aussi déresponsabiliser l'agresseur de ses actes: - " c'est pas de ma faute si j'ai trop d'hormones, les cachets vont me guérir "
- " c'est pas de ma faute si j'ai un pénis, l'intervention chirurgicale va me guérir "
La responsabilité incombe ainsi au biologique voir au divin.

Redonner toute son importance à l'accompagnement psychologique engendre une implication personnelle allant au-delà du soma tout en replaçant l'agresseur face à ses responsabilités quant à la souffrance de sa victime et de son entourage. Mais relever le débat à ce niveau là, c'est aussi se questionner sur le pouvoir de la médecine traditionnelle.

Mon expérience

Formée par le Docteur COUTANCEAU dans la prise en charge des auteurs d'agressions sexuelles, j'ai été amenée à assurer l'accompagnement psychologique de délinquants sexuels et ceci pendant plusieurs années. Je me souviendrai toujours des propos de l'un d'eux : " malgré la castration chimique, j'ai toujours cette envie de serrer dans mes bras des enfants, de les sentir, de les caresser…"

Voilà pourquoi, je suis convaincue que ce débat autour de la castration physique permet de rassurer l'opinion publique (parce qu'on veut nous faire croire que des traitements médicaux irréversibles vont éradiquer la pédophilie et que par conséquent il n'y aura plus jamais de récidive). Du même coup, on se prive du débat sur la prise en charge psychologique (dont les résultats canadiens sont plus qu'encourageants).

Ouvrir cette discussion, c'est aussi réfléchir sur la question du coût : qui va payer les thérapies ? Sommes nous prêts, nous citoyens imposables à accepter que des crédits soient alloués pour financer une prise en charge psychologique de violeurs d'enfants ? sachant que si nous, nous souhaitons entreprendre une psychothérapie il nous faudra mettre la main à la poche !

À propos de l'auteur

Caroline Van Assche

Formée à la thérapie de Couple et de Famille à l'Institut Michel Montaigne à Bordeaux,

Formée à l'ICV (Intégration du Cycle de Vie) à l'Institut Double Hélice,


Diplômée en Psychologie Clinique et Pathologique à l'Université Bordeaux 2 Victor Segalen,


Formée au Conseil Conjugal et Familial au Planning Familial de la Région Ile de France,

Formée au Travail Psychanalytique avec les couples et les familles au Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale de Bordeaux,
Formée à la Sexologie Clinique et Santé Publique à l'Université Paris 7 René Diderot,
Formée à la Sexologie Sexofonctionnelle à l'Université Paris 6 Pierre et Marie Curie,
Membre de L'Association Nationale des Conseillers Conjugaux et Familiaux,
Membre de L'Association Francophone de Sexologie Sexofonctionnelle.